Village de cabanes en Corrèze. Je vis avec 150€ par mois. Un village de cabane en justice.

aîemama

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Communauté des cabanes
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« Je vis avec 150 euros par mois » : en Corrèze, dans un village de cabanes, à l’écart du monde, on rêve d’une autre société.
Je fais une transmission d'un texte d'une parution ce mois ci sur un journal de Corrèze, voilà un retour des luttes de cabanes dans nos chers villages. Mais les mairies vont aussi peut être changer leurs optiques.
Source La montagne Dragan Perovic
Protéger, loger, abriter. Première forme d’architecture construite par l’homme, la cabane est née de sa volonté d’ériger un refuge contre les intempéries, vite délaissée au profit d’habitations plus solides. Les enfants, eux, n’ont jamais cessé d’y abriter leurs rêves. Aujourd’hui, face au béton qui uniformise les constructions, les cabanes symbolisent la liberté et la résistance. Pour leurs défenseurs, engagés dans la protection de l’environnement et organisés au sein du mouvement de la Désobéissance fertile, elles préfigurent un monde où l’on fait « avec » et pas « contre » la Nature.
Elles ont poussé sans autorisation
Sur la très touristique commune de Chasteaux (Corrèze), près des sources du village du Sorpt, dans les bois situés en contrebas d’une route départementale, se niche un village d’une dizaine de cabanes. Des constructions sans plancher, rondes, légères, inspirées des yourtes. Elles ont poussé, sans autorisation, sur des terrains agricoles, avec des matériaux disponibles sur place : de la paille et de la terre, des bambous, des couvertures et des bâches en plastique. Toujours avec une certaine esthétique. Les toilettes sèches sont à l’extérieur. On ne s’y attarde pas trop lorsqu’il fait froid.
Un peu plus loin, dans deux petites serres chauffées par la chaleur du sol, poussent des avocats et des grenades, mais aussi des citrons, des mandarines et des pamplemousses.
Sur place, le temps s’étire. Pas de téléphone, ni de télévision. Uniquement de la radio, pour se tenir au courant de l’évolution du monde.
Une douche, six litres d’eau
En bordure d’un petit étang, où barbote une centaine de poissons rouges nourris aux flocons d’avoine, une case contient une douche collective improvisée. Dans une bouilloire, on chauffe trois litres d’eau, on rajoute la même quantité d’eau froide. Et on se débrouille avec…
« Pour l’eau, on s’approvisionne dans une source, nous raconte le propriétaire des lieux. On l’a fait contrôler, elle a peut-être quelques molécules indésirables, mais pas de bactéries. L’électricité usuelle est fournie par quelques panneaux photovoltaïques. On est resté vingt ans sans tronçonneuse et on n’a même pas une débroussailleuse. »
« Je voulais faire du maraîchage bio »
François Fleury porte un vieux cardigan et un pantalon multirapiécé. Avec sa tignasse blonde ébouriffée et son regard malicieux, ce cabanesagénaire fait penser à un hobbit. Il a acheté son premier terrain au Sorpt en 1990.
« Je trouvais cette vallée très plaisante. Je voulais faire du maraîchage bio. Mais je me suis rendu compte qu’il faisait trop froid ici. »
Animateur socioculturel de métier, l’homme a beaucoup bourlingué. Il a notamment effectué « un tour de France de copains à l’origine d’initiatives locales écolos ». L’idée de son village lui est venue en Espagne.
« À Beneficio, j’ai vécu une expérience collective (une communauté “rainbow”, libre, sans leader, installée dans une vallée à une heure de Grenade). On ne m’a jamais demandé mes papiers, ni d’où je venais et combien de temps je restais. Ça m’a plu. »
Personne ne prévient de son arrivée
À Chasteaux, le Corrézien a vécu pendant douze ans tout seul. Il a accueilli ses premiers invités en 2016. Comment viennent-ils chez lui ?
« Par le bouche-à-oreille ou le réseau de Jonathan Attias (initiateur du mouvement de la désobéissance fertile), répond-il. Personne ne prévient de son arrivée. Il y a toujours une cabane. Il s’agit des gens qui sont un peu en marge de la société conventionnelle. Certains viennent pour passer quelques jours, d’autres restent un mois et plus. Quelques-uns sont en burn-out, tandis que d’autres sont au RSA, ont un fourgon et ne savent pas où aller… »
Refuser le monde consumériste et sa violence, revendiquer la possibilité de construire son foyer, son village, son territoire et d’y instaurer des règles de vie et d’usage. Bref, recréer la société.
Autogestion et dialogue
Pour François Fleury, ce morceau de terre est une aventure sociale, une utopie, son petit paradis à lui.
« Ici, le dialogue n’est pas dévoyé et puis, vivre en collectif, ça permet de grandir et de s’adapter aux autres. »
La recette du fonctionnement repose sur l’autogestion, le respect et le dialogue.
« La cohabitation se passe à peu près bien, avec quelques crises, des fois. »
A-t-il encore la foi en l’Homme ? Il marque un moment, avant de répondre :
« J’ai la foi en personnes conscientes, éveillées, sensibles qui peuvent assurer la pérennité de la Nature. »
« En fait, on aime bien le confort »
Dans ce contexte de dépouillement matériel, une phrase de l’hôte des lieux détonne :
« En fait, on aime bien le confort, la bonne bouffe. C’est pour ça qu’on multiplie les talents pour partager nos repas ensemble. »
François Fleury fait lui-même son pain. Il « fait pousser son levain », en le gardant, à température ambiante… contre son corps pendant trois jours.
L’homme n’a jamais demandé aucune allocation sociale. Mais de quoi vit-il ?
« J’ai eu la chance d’avoir des parents qui ont travaillé. Ils pleuraient toujours pour leur argent, mais ils en ont eu plus que besoin. Ils m’ont laissé tous les deux un petit héritage. J’ai besoin de 150 euros par mois. Je n’ai même pas de sécurité sociale. Je vais demander une carte vitale parce que je commence à avoir de gros problèmes avec mes dents. Je vais peut-être carrément me faire poser un dentier. »
Le passé et l’avenir ne comptent pas beaucoup pour lui.
« Ce qui m’anime, c’est le moment présent. J’ai besoin de vivre ici et de continuer mes expériences. »
Quand une utopie défie le Code de l’urbanisme et l’État de droit
Le 17 novembre dernier, un incendie a complètement détruit la cabane de François Fleury. À l’époque, le maire de Chasteaux, Jean-Paul Fronty, nous avait raconté :
« Je me suis rendu sur place avec mon adjoint. Quand on a vu le feu, on a appelé les pompiers et la gendarmerie. À leur arrivée, les pompiers ne pouvaient pas accéder à l’endroit, parce que dans le chemin tracé entre les ronces, on ne passe qu’à une personne. Ils ont donc essayé d’accéder aux cabanes par une autre voie et là, leurs camions se sont embourbés. »
De l’incendie de sa cabane, François Fleury parle avec un certain fatalisme :
« Ça arrive une fois tous les vingt ans. Ce soir-là, on était en train de faire un repas partagé, je n’étais pas dans ma cabane pour surveiller. Je pense que ce n’est pas le gaz qui est en cause, mais mon dernier poêle qui a pris feu et qui a provoqué l’explosion de la bouteille de gaz. J’ai été négligent, j’ai perdu ma brosse à dents et quelques objets pratiques, des outils, des bols pour faire du pain. J’ai dit aux pompiers : “n’allez pas là, vous allez vous embourber”. »
« On n’est allé qu’une fois à l’hôpital pour une piqûre »
Le propriétaire des lieux insiste :
« On n’a jamais eu de problème. Malgré tout le passage qu’on a ici, on n’est allé qu’une fois à l’hôpital pour une piqûre. »
Pourtant, il en convient :
« Le maire a raison. L’endroit est inaccessible pour les pompiers mais, nous, on essaye de vivre en responsabilité et on ne demande pas l’appui de la mairie. On n’a suggéré à personne de faire un chemin d’accès pour les pompiers. De toute façon, on n’a pas le droit d’être là. »
Relaxés au procès
En juin 2024, devant le tribunal de Brive, la mairie de Chasteaux avait demandé la démolition du village de cabanes, construit sans autorisation. La commune avait invoqué l’exécution de travaux non autorisés par un permis de construire, entre 2019 et 2023, mais aussi l’aménagement de terrain sur une zone interdite par le plan de prévention des risques, ainsi que le non-respect du Code de l’urbanisme.
Comment François Fleury a vécu ce procès ?
« C’est l’accusé qui parle en dernier, s’il le souhaite. J’ai sorti mes productions : pamplemousses, mandarines, citrons et un avocat, le dernier. J’ai dit : “Moi, j’ai besoin de vivre ici et de continuer mes expériences”. La juge a certainement été sensible à ça. La décision du tribunal nous a été favorable. »
Le tribunal a estimé que les faits reprochés étaient prescrits.
« Quand j’ai appris que nous avions été relaxés, je suis parti dans les couloirs du tribunal en pleurant. Comparaître devant les juges, c’est très stressant. »
« On ne supporte pas la différence »
Sa réflexion va encore plus loin :
« On ne supporte pas la différence. Le maire a voulu animer le débat. En disant notamment que nous avions tous les droits et qu’eux, ils n’avaient pas la chance de faire ce qu’ils voulaient. Ça a créé une dissension. Moi, je leur ai dit : “si vous voulez, on peut échanger, prenez ma cabane, je prends votre maison”. »
Personnellement, à part les élus, il dit n’avoir jamais eu d’échos défavorables du voisinage.
« Avec le pépiniériste à côté, on discute. Il nous a laissé une place de parking. Il fait avec nous. Il y a aussi des gens qui sont reconnaissants, parce qu’on les aide quand les vaches s’échappent. Et je fais les foins, tous les ans, avec la voisine. Il y a de la solidarité entre nous. »
Et il conclut :
« J’ai toujours été comme ça. C’est dans ma nature. Je n’ai jamais su gagner de l’argent. J’ai toujours soutenu les projets des autres. »
 
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Un résumé de la charte anti cabanes en Corrèze. Ce papier a été rédigé pour faire jurisprudence avec les autres départements qui pourrait y souscrire... Pour Infos:
Charte de lutte contre la cabanisation en Corrèze : un cadre administratif avant tout répressif
Une définition large et sans nuance de la « cabanisation »

La charte de mobilisation et de coordination contre la cabanisation en Corrèze pose d’emblée un cadre très large. Est considérée comme cabanisation toute implantation réalisée sans autorisation en zones agricoles, naturelles ou inconstructibles, qu’il s’agisse de cabanes, caravanes, yourtes, résidences mobiles ou constructions en dur, occupées de manière temporaire ou permanente.
Cette définition ne distingue ni les situations de précarité, ni les projets d’habitat léger ou écologique, ni les démarches transitoires ou expérimentales. Toute occupation hors cadre réglementaire est assimilée à une infraction.
Les justifications avancées par les pouvoirs publics

La charte s’appuie sur une accumulation d’arguments pour légitimer une action ferme :
  • protection des espaces naturels, agricoles et forestiers
  • préservation des paysages et de l’image du territoire
  • risques environnementaux liés aux rejets d’eaux usées
  • enjeux de sécurité face aux risques d’inondation ou d’incendie
  • arguments sanitaires et de salubrité
  • considérations financières liées aux taxes non perçues et aux coûts publics induits
L’ensemble du phénomène est présenté comme un problème global appelant une réponse coordonnée et prioritaire.
Une organisation très structurée et centralisée
La charte réunit autour du préfet l’ensemble des acteurs institutionnels : maires, procureurs, services de l’État, forces de l’ordre, administration fiscale et opérateurs de réseaux. Chaque structure désigne un référent « cabanisation » et s’inscrit dans un dispositif piloté au niveau préfectoral. Deux instances assurent le suivi : un comité de pilotage annuel chargé de la stratégie et de la communication, et un comité technique semestriel dédié aux situations concrètes et aux interventions opérationnelles.
Le rôle central des maires
Les maires sont placés au cœur du dispositif. Ils sont présentés comme les premiers acteurs de terrain, détenteurs de la police de l’urbanisme et responsables du traitement des situations irrégulières.
Leur mission combine prévention, contrôle et action judiciaire, avec un accent très marqué sur la détection rapide et la judiciarisation des situations.
Les leviers coercitifs et sanctions mobilisables

La charte dresse un arsenal précis de mesures répressives, parmi lesquelles :
  • verbalisation systématique des infractions d’urbanisme
  • transmission rapide des procès-verbaux au parquet
  • constitution des communes en partie civile
  • mise en demeure assortie d’astreintes pouvant atteindre 500 euros par jour
  • refus de raccordement aux réseaux d’eau et d’électricité
  • signalement et poursuite des branchements sauvages
  • recouvrement forcé des astreintes par l’administration fiscale
  • exécution d’office des décisions de justice, incluant la remise en état ou la démolition

Les forces de l’ordre sont associées à la détection, aux enquêtes et à la surveillance renforcée des zones concernées, y compris par des moyens aériens.

Une charte qui ne crée pas la loi, mais en durcit l’application

Le texte ne modifie pas le droit existant. En revanche, il organise une application coordonnée, systématique et renforcée des outils juridiques, administratifs et pénaux déjà disponibles. Il vise à réduire les délais, limiter les marges d’appréciation locale et rendre les procédures plus efficaces et dissuasives.

Conclusion : une réponse répressive face à une réalité territoriale plus complexe

Cette charte se présente avant tout comme un instrument de contrôle et de répression. Elle traite la cabanisation exclusivement sous l’angle de l’infraction, sans jamais l’interroger comme symptôme d’évolutions sociales, économiques et territoriales profondes.
Or, les campagnes françaises connaissent depuis plusieurs décennies des mouvements d’exode urbain, de retour à la terre et de recherche de modes de vie alternatifs. L’histoire des territoires ruraux montre que ces dynamiques, souvent marginales à leur origine, ont parfois constitué le terreau d’un repeuplement durable. Depuis les années 1960, nombre de communes rurales ont vu émerger, à la deuxième génération, des artisans, des commerçants, des agriculteurs ou des acteurs culturels issus de ces installations initialement périphériques.
En choisissant une approche exclusivement coercitive, la charte fait le pari du court terme et de l’ordre administratif. Elle évacue toute réflexion sur l’accueil, l’accompagnement ou l’intégration progressive de nouvelles formes d’habitat et de peuplement, dans des territoires pourtant confrontés au vieillissement à des paysages de déambulateurs, à la désertification et à la disparition des activités locales.
La question demeure alors ouverte : lutter contre la cabanisation, oui, mais au prix de quel modèle rural et de quelle vision de l’avenir des campagnes ?
 
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